Aller au contenu

Swiss Chinese Law Association — Genève

SCLA | Swiss Chinese Law Association

Actualités

Une perspective chinoise sur la pratique antidopage

19 février 2021

Cet article est basé sur une présentation donnée par M. Ming Wu lors du 3e webinaire mondial en ligne de la SCLA « Forum en ligne d'arbitrage sportif international sino-suisse » le 14 avril 2020. Il a été rédigé par M. Carlos Li pour le rapport sur l'événement. Dans l'intérêt de nos lecteurs, nous le publions aujourd'hui en ligne pour la première fois, afin de nous aider à comprendre et à unir notre monde en mutation.
La présentation de M. Ming Wu comportait deux parties : 1) Contexte factuel et point central du litige, et 2) Réflexions sous l'angle de la pratique chinoise.
Étude de cas : contexte factuel et point central du litige
En 2014, un athlète nageur a commis sa première violation des règles antidopage et a souffert d'un problème cardiaque. Un médecin lui avait prescrit une substance interdite. Par la suite, il a subi un contrôle dopage dont le résultat s'est révélé positif. En conséquence, l'Agence chinoise antidopage (CHINADA) l'a sanctionné d'une période de suspension de trois mois.
Le 4 septembre 2018, la Fédération Internationale de Natation (FINA) a autorisé la société International Doping Tests & Management (IDTM) à procéder à un prélèvement d'échantillons. L'IDTM a désigné un agent de contrôle du dopage (DCO), un assistant de prélèvement sanguin (BCA) et un assistant de contrôle du dopage (DCA) pour effectuer le prélèvement hors compétition auprès de l'athlète en question. Le prélèvement a débuté à 22h55. À 23h35, l'athlète a signé le formulaire de contrôle du dopage et a fourni deux échantillons de sang qui ont été scellés dans un récipient. Par la suite, le DCA a pris des photos de l'athlète sans sa permission. Ensuite, l'athlète a vérifié les accréditations des agents de prélevement. Après inspection, il s'est avéré que le DCA et le BCA ne disposaient de lettres d'autorisation individuelles ni de la FINA ni de l'IDTM. Dès lors, l'athlète leur a demandé de retirer l'échantillon, ce qu'ils n'ont pas fait. En conséquence, l'athlète et un agent de sécurité ont brisé le récipient en verre, retiré le flacon sanguin et détruit le formulaire de contrôle du dopage signé. Finalement, le DCO est parti sans avoir pu achever la procédure de prélèvement sur l'athlète.
La question clé dans cette affaire résidait dans l'interprétation de l'article 5.3.3 de la Norme internationale pour les contrôles et les enquêtes (ISTI). Après une audience, le Tribunal Arbitral du Sport (CAS) a conclu qu'une lettre d'autorisation générique délivrée par la FINA à l'IDTM signifiait que le DCO, le DCA et le BCA n'avaient pas besoin de présenter de lettres d'autorisation spécifiques et individuelles. Le CAS a également constaté que le DCO avait déjà averti l'athlète des conséquences d'un refus de se conformer. Dans ces circonstances, le CAS a en outre conclu que l'athlète ne disposait pas d'une justification impérieuse pour ne pas se soumettre au processus de prélèvement et qu'il avait par conséquent violé l'article 2.5 des règles antidopage de la FINA pour falsification. Selon les règles antidopage de la FINA, si l'athlète commet une deuxième violation des règles antidopage, la période de suspension est doublée, faisant passer une période d'inéligibilité de quatre ans à une interdiction de huit ans. S'agissant de la deuxième violation commise par l'athlète en question, celui-ci a été suspendu pour huit ans.
Partie 2) Réflexions sous l'angle de la pratique chinoise
L'athlète aurait dû se conformer au règlement sous réserve de protestation, notamment en respectant les instructions du DCO, en coopérant pour fournir des échantillons dans tous les cas et en consignant toute objection, réclamation ou remarque sur le formulaire de contrôle du dopage.
La CHINADA adopte une approche de tolérance zéro à l'égard des violations antidopage. Dès lors, à l'avenir, les témoins chinois devraient être préparés de manière adéquate avant de témoigner lors de l'audience. Ils devraient en apprendre davantage sur la procédure contradictoire et s'y familiariser. Lors des interrogatoires, ils doivent s'assurer de témoigner et de répondre aux questions conformément à leurs dépositions, sous peine d'altérer leur crédibilité.
Les médias chinois devraient faire preuve de professionnalisme dans la couverture sportive. Le fait est qu'après la publication par le CAS de sa décision intégrale le 4 mars 2020, les médias chinois ont opéré une volte-face à 180 degrés à l'égard de l'athlète, principalement parce qu'ils découvraient pour la première fois d'autres versions de l'histoire.
Cette affaire pourrait renforcer la sensibilisation du public aux règles et réglementations sportives mondiales et accélérer la mondialisation du développement de l'industrie du sport en Chine. Celles-ci comprennent les règles du jeu, les codes disciplinaires, les règles antidopage et les règles de procédure de l'arbitrage sportif.
S'il reste encore un long chemin à parcourir, les acteurs chinois ont appris à exploiter et à gérer la propriété intellectuelle sportive de manière moderne. Par exemple, la valeur marchande de la NBA s'élève à 2.7 milliards USD, soit 54 fois plus que celle de la Chinese Basketball Association, qui n'est évaluée qu'à $50 millions. Cette immense différence s'explique par des modèles commerciaux, des tailles de marché et des prix de licences de diffusion différents.
Lors de la session de questions-réponses, M. Zhang a demandé qui étaient les témoins chinois dans cette affaire.
M. Wu a répondu que le premier témoin était le nageur en question. Le deuxième témoin était le médecin de l'équipe nationale chinoise de natation. Le troisième témoin était le responsable de l'équipe nationale chinoise de natation. Le quatrième témoin était le responsable adjoint en charge de l'Agence antidopage du Zhejiang. Le cinquième témoin était la mère du nageur et le sixième était un expert en droit chinois.
M. Flavio Peter s'est demandé si la question susmentionnée était liée aux prestations décevantes des témoins chinois devant le tribunal arbitral ? M. Wu a répondu par l'affirmative.
(Question 3) : M. Zhang a demandé pourquoi il y avait eu un changement d'attitude aussi brutal de la part des médias chinois envers l'athlète après la publication de la sentence arbitrale ? M. Wu a expliqué que la population en Chine ne souhaite pas discuter en détail de ce sujet sensible. En outre, les journalistes chinois se sont uniquement intéressés à ce que l'athlète avait rapporté, et le contenu de leurs articles dépendait uniquement de ce que l'athlète publiait sur sa plateforme de médias sociaux. En réalité, les journalistes chinois étaient incapables de lire des documents en anglais. Ils se sont trop fiés à une source d'information unique et n'ont pas pu trouver d'informations auprès d'autres sources. Dans cette affaire, les journalistes chinois ont désormais l'opportunité de connaître la vérité derrière l'ensemble de l'incident.
Photo de ADragan dans Canva.com