Il y a trente ans, dans les années 1990, il était encore relativement rare que les très grands cabinets d'avocats disposent d'une portée mondiale établie. Parallèlement à la mondialisation de la formation juridique et à une main-d'œuvre de talents juridiques relativement mobile, l'internationalisation des études d'avocats a renforcé le resserrement de la collaboration juridique transfrontalière. Les acteurs tels que nous, chez Stevenson, Wong & Co. à Hong Kong, ont accumulé une grande expérience, qu'il s'agisse de dossiers prestigieux ou du travail quotidien, dans cet environnement concurrentiel des services juridiques transfrontaliers.
Afin de discuter du fonctionnement concret du processus d'internationalisation des cabinets d'avocats, j'aborderai brièvement quelques enseignements généraux issus de la manière dont les cabinets de Chine continentale et de l'étranger s'implantent dans le paysage juridique de Hong Kong, ainsi que de la façon dont ils collaborent, interagissent et entrent en concurrence. Certaines de nos rencontres et expériences peuvent révéler des tendances plus générales.
Motivations
À l'instar de nombreux autres types de sociétés de services professionnels, comme l'architecture, le conseil en ingénierie, l'audit et le conseil en gestion, les cabinets d'avocats cherchent à se développer à l'international pour quelques raisons principales :
- Suivre le client. En implantant des succursales locales ou en participant à des réseaux juridiques mondiaux, les cabinets d'avocats peuvent se rapprocher de leurs clients et leur offrir des solutions guichet unique répondant à leurs besoins matériels et psychologiques.
- Recherche de marchés. En s'appuyant sur leurs avantages concurrentiels existants, tels que l'image de marque, la réputation et l'expérience juridique acquise, les cabinets d'avocats peuvent reproduire leur modèle et s'implanter sur des marchés étrangers pour servir leurs clients nationaux, de manière analogue au fonctionnement des franchises.
- Interaction oligopolistique. À l'image de Coca-Cola et Pepsi se livrant concurrence aux quatre coins du monde, les géants du droit reproduisent les stratégies et suivent leurs concurrents afin de maintenir un niveau d'influence équivalent et de réaliser des économies d'échelle. À mesure que les structures et systèmes internes des cabinets se perfectionnent, les principaux frais généraux (notamment le savoir-faire, la gestion, la formation pratique, les bases de données et la sécurité informatique) peuvent être mutualisés entre les bureaux afin de bénéficier d'économies d'échelle.
- Recherche d'actifs stratégiques. Il s'agit essentiellement de rechercher les actifs incorporels qui manquent actuellement au cabinet d'avocats, mais qui s'avèrent stratégiques pour son expansion et sa croissance.
Il ne fait aucun doute que si un cabinet d'avocats dispose de plusieurs bureaux dans le monde, ses clients (potentiels) auront probablement plus confiance en lui, d'autant plus que le cabinet est en mesure de gérer efficacement des activités à l'échelle mondiale et dispose généralement de systèmes et d'un savoir-faire plus aboutis garantissant sa pérennité.
Modèles de collaboration transfrontalière
Il existe principalement quatre méthodes permettant aux cabinets d'avocats étrangers d'opérer au-delà des frontières et de collaborer avec des avocats des pays d'accueil :
- Création de succursales à l'étranger. L'établissement de succursales permet d'éviter de nombreux désagréments liés à l'élaboration d'un style de gestion hybride et d'une politique interne multiculturelle requise pour une association avec des cabinets locaux. Cependant, le coût relatif de la création d'une succursale s'avère moins économique.
- Association contractuelle. Ce type d'association entre cabinets d'avocats étrangers et locaux repose principalement sur une convention aux termes de laquelle les honoraires, les bénéfices, les locaux, la gestion ou le personnel sont partagés.
- Association sous forme de partenariat. Cette formule s'effectue par la création d'une entité unique et nouvelle dans le pays d'accueil, composée d'associés, de capitaux, ou des deux, apportés par l'ensemble des cabinets d'avocats concernés. La nouvelle entité peut porter un nom regroupant celui de tous les cabinets impliqués. Il est fréquent que la structure dominante de l'association adopte l'image de marque et le nom de l'étude fusionnée. Bien que la dénomination évoque un « partenariat », elle relève davantage d'un engagement réel et de caractéristiques de cotraitance propres à la coopération, la forme juridique exacte variant selon les pratiques locales.
- Réseau juridique mondial. Rejoindre un réseau juridique mondial regroupant des cabinets de différentes juridictions constitue la méthode de collaboration internationale la plus simple et la plus abordable. Un accord de commission d’apport d’affaires ou de prise en charge des débours peut être négocié entre cabinets étrangers et locaux afin de servir des clients ayant des besoins juridiques mondiaux diversifiés. Par rapport à un cabinet disposant de bureaux internationaux, qui exige également de reverser une partie des bénéfices au siège et aux autres bureaux impliqués dans les projets transfrontaliers, le mécanisme de partage des bénéfices au sein d'un réseau juridique mondial entre cabinets s'avère direct et limpide.
L'implantation de cabinets étrangers à Hong Kong
Le marché juridique de Hong Kong, bien qu'apparemment saturé, attire constamment de nouveaux cabinets ambitieux qui aspirent à étendre leur influence locale sur le marché mondial. À ce jour, on compte trente-cinq associations d'études juridiques enregistrées à l'étranger à Hong Kong. La majorité de ces cabinets enregistrés à l'étranger ont leur siège en République populaire de Chine.
Parmi ces cabinets de RPC cherchant à se développer sur le marché juridique de Hong Kong, les plus importants se sont déjà officiellement enregistrés comme cabinets d'avocats de Hong Kong et ont développé leurs spécificités juridiques. Au terme de plusieurs années d'évolution, plusieurs cabinets locaux associés ont totalement fusionné avec leurs partenaires étrangers. Leurs noms, leur image de marque, leurs pratiques de travail et leur gouvernance ont été entièrement renouvelés au sein de nouvelles entités internationales.
Les difficultés d'une collaboration formelle
Comme le montre l'analyse ci-dessus, les cabinets d'avocats disposent théoriquement d'une multitude de raisons de s'implanter dans des juridictions étrangères. Pourtant, des complexités et des contradictions surviennent inévitablement. Selon le modèle de collaboration adopté et le degré de coopération, le niveau d'harmonie ou de conflit varie.
Les enjeux peuvent concerner l'adaptation aux spécificités nationales relatives aux méthodes de travail, aux modèles et politiques de rémunération, aux accords de répartition des bénéfices, aux stratégies d'organisation (par équipe ou par département, généraliste ou spécialisée), à la formation et à la gestion des connaissances, ainsi que, plus important encore, à la gestion coordonnée et à la prise de décision en cas de conflits d'intérêts entre bureaux et de divergences culturelles.
À Hong Kong, les affrontements et les compromis ont été fréquents. Si le pays d'origine et le pays d'accueil adoptent des approches diamétralement opposées sur certaines questions, il est fortement recommandé de trouver un point d'équilibre satisfaisant les deux parties. Par exemple, sur l'échelle des pratiques de rémunération, l'un des extrêmes est représenté par le modèle dit « lockstep », selon lequel les associés sont rémunérés à l'ancienneté, tandis qu'à l'autre extrémité figure le modèle « eat what you kill », où les associés sont rétribués selon leur chiffre d'affaires facturé. Afin d'éviter les discordes, certains cabinets ont développé une politique de rémunération hybride appelée « lockstep modifié », qui permet des rémunérations élevées pour les apporteurs d'affaires (« rainmakers »). Maintenir un équilibre entre une culture mondiale harmonisée et une autonomie locale empreinte de souplesse exige une grande maîtrise et un jugement avisé.


